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Chanoine Jacques Oeuvray                                                                                                  Porrentruy, février 2020 

 

Chers amies, chers amis du MCR – Vie Montante,                                                           

 

Voici une nouvelle année déjà bien entamée. Nous voici déjà arrivés à notre 4e rencontre sur le thème « Visage de Dieu ». Voici donc la 4e « feuille-guide » pour cette rencontre.

Je vous souhaite de vivre une belle année avec des échanges fructueux. Avec mon amitié et à bientôt.

                    1.   Mettez-lui un anneau au doigt

 

                         L’évangile de la miséricorde.

 

                         Des quatre évangiles, l’évangile selon saint Luc est particulièrement appelé l’évangile de la miséricorde.                           Nous avons en effet en saint Luc au chapitre 15 les trois grandes paraboles de la miséricorde : la brebis                           perdue, la pièce de monnaie égarée et la grande parabole du fils prodigue.

                         C’est cette dernière que nous retenons aujourd’hui. Vous connaissez bien cette parabole d’un fils qui                               ayant réclamé son héritage quitte la maison pour vivre une vie de désordre, puis il revient vers son                                 père qui le reçoit comme un fils ; cette parabole se poursuit avec le refus du fils aîné et l’intervention                             du père. Je voudrais reprendre chacun de ces 3 tableaux.

 

Un premier tableau nous présente ce jeune homme qui considère son père comme un obstacle à son bonheur et qui s'en va, loin de sa présence, dilapider follement tout ce qu'il a reçu de lui. La scène suivante nous le montre dans le pays éloigné réduit à la pire déchéance, au dénuement le plus complet. Chacun de nous a-t-il jusqu'ici reconnu sa propre histoire ? Puisse-t-elle alors s'achever de la même manière ! Sous le poids de sa misère, le prodigue revient à lui-même, se souvient des ressources de la maison paternelle, se lève, prend le chemin du retour… Et c'est le troisième tableau : l'empressement du père qui se porte à sa rencontre, les bras ouverts, les baisers suivis du plein pardon, les haillons échangés contre la plus belle robe, l’anneau au doigt…

 Si vraiment ce qui est dit du père correspond bien à l’attitude de Dieu à notre égard, comment pouvons-nous avoir peur de ce Dieu-là, comment le regarder comme un juge sévère, comment construire notre vie de foi dans la culpabilité ! Certes, l’attitude aimante du père ne nous empêche pas de prendre conscience de notre faiblesse, de notre péché, mais seulement dans le sens d’un amour infidèle devant un amour infini.

Occupé à aimer le fils cadet, il n’oublie pas l’ainé. Il sort de la maison et se comporte avec lui de la même façon qu’il l’a fait pour le plus jeune. Il va à sa rencontre et se met à l’aimer comme il ne l’avait jamais fait auparavant. Il se penche sur sa souffrance et tente de l’ouvrir à l’avenir. Le Père d’avant ne courait pas à la rencontre de ses fils parce qu’il savait ce qui était bien pour eux. Après les événements qui ont été racontés, il renonce à lui-même pour leur exprimer son amour au risque d’être mal reçu.

 

Un père qui change d’attitude

Avec ce changement d’attitude du Père s’opère en nous une autre vision de Dieu.  Nous sommes passés, sans nous en rendre compte, du Dieu d’Israël au Dieu de Jésus Christ.  Au début du récit, nous avons reconnu le Dieu de Moïse qui savait la bonne route à suivre. On l’avait enfermé dans la Loi, puis on l’a enfermé dans le Temple et ses rites. Ce Dieu était celui dont la seule présence suffisait à combler ses adorateurs, croyait-on. C’est aussi celui que nous rencontrons le plus souvent dans nos églises. Mais à mesure que l’histoire se déroule et que le comportement du Père change, c’est le visage de Dieu qui se transforme. Il se met à ressembler à celui que Jésus appelle son Père et qu’il nous propose comme Père.

 

 Il sort de lui-même et court le risque de s’adapter à nous au point d’être rejeté par certains. Comme le fils ainé figé sur le pas de la porte beaucoup hésitent à partager l’amour du Père pour son frère. C’est pourtant en le faisant qu’il montera qu’il a tout compris et c’est à agir comme cela que Dieu nous invite. Le fils ainé le fera-t-il ? Le ferons-nous ? C’est sur ce point précis que se pose la question de notre foi.

 

Le Dieu que nous découvrons à la fin de cette parabole est un Dieu qui vient vers les hommes qui leur prodigue son amour au point de les laisser libres de le refuser. Jadis le fils cadet avait cru que pour être libre, il fallait qu’il s’écarte de son Père, maintenant à la porte du jardin le fils ainé ne pourra être libre que s’il entre avec le Père pour partager la vie de son frère. Ce n’est pas gagné, mais Dieu ne peut rien faire de plus parce qu’il a tout donné.

Est-il possible de reconnaître Dieu dans l’image de ce Père dont la bonté cache son incapacité à gérer ses fils dont le mauvais comportement nous apparaît être le résultat d’une éducation déficiente. On ne peut pas dire que l’amour dont il les a aimés soit partagé puisque le fils cadet va conserver de lui l’image d’un père faible que l’on peut manipuler. Le fils ainé, quant à lui a retenu de son père l’image d’un homme qui veut tout contrôler et qui ne laisse aucune liberté à son enfant c’est pourquoi il n’ose pas s’assumer de peur de l’offenser.

 

En fait, le principe éducatif de ce père semble être simpliste et fonctionne de la même façon pour ses deux fils. Il considère que tant que ses fils résident sous son toit, c’est lui qui décide de tout car lui seul sait ce qui est bon pour eux. C’est ainsi qu’il prétend les aimer. Si ses enfants décident de le quitter, il ne s’y oppose pas et il leur donne les moyens de subsister sans lui. C’est ce qui se passe pour le fils cadet. Il sait cependant qu’il reviendra car il est trop dépendant de lui.

 

        Le récit évangélique et ses lectures

 

 Seul le lecteur de Luc peut d'ailleurs faire le lien entre les personnages de la parabole et ceux de l'évangile. Avec cette étrangeté : Jésus est à la fois dans le récit (comme personnage) et hors du récit (il est Ressuscité). La vérité de la relation vivante du lecteur croyant avec Jésus s'articule sur une façon de recevoir ses choix dans le Livre. Or en s'interrompant brusquement, la parabole laisse en suspens trois manières de voir les choses.

 

La première est celle du serviteur qui informe le fils aîné (v.27). Neutre, peu engagée, elle reste superficielle.La deuxième est celle de l'aîné (v.29-30).

Elle témoigne d'une blessure narcissique mais elle permet ensuite de re-situer le mérite comme un fruit de l'alliance(''Tout ce qui est à moi est à toi'', v.31).

La troisième est celle du père. Du v. 24 au v. 32,il bégaie, insigne faiblesse : pas d'autre raison à la joie, que la vie de l'autre. Jésus les laissent toutes trois en balance. Quant à lui, son choix est fait qui le mène à la Croix. Luc à son tour transmet le jeu à ses lecteurs. Devant l'énigme Jésus, quelle réaction ? L'évangile peut laisser indifférent. Il peut aussi toucher là où ça fait mal, provoquant appel à l'aide ou rejet. Il peut enfin inviter à opter joyeusement pour le don total.

Peut-être voyageons-nous toute notre vie entre ces trois positions de lecture.

Ironie, encouragement ? Luc raconte que le premier à rentrer au Paradis des justes est un malfaiteur (Lc 23,43). Une sorte de fils perdu. Crucifié aux côtés de Jésus. Mais, vivant avec lui, sauvé.

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